France Amateur : « Fiers de porter le coq ! » (Hueber, entraîneur)
L’équipe de France amateur a vécu, en cette belle fin d’été, une tournée en Ukraine et en Russie. Au programme de ces tricolores issus des clubs de Féd.1, deux rencontres. La première à Kiev, par un temps clément de 24 à 25 degrés, la seconde à Moscou, légèrement plus frais, autour de 20 degrés.
Deux matches, deux victoires ! Mais zéro capes pour les Bleus. Ils n’auront droit à ce privilège que lors des prochaines rencontres de la saison les opposant à l’Ecosse, le vendredi 13 février prochain à Rouen (avec, évidemment comme emblême… Un trèfle à 4 feuilles !), puis en baisser de rideau à Twickenham, après un fameux Angleterre – France du Tournoi pas piqué des vers !
Pas de capes, mais un cap !
France amateur, emmené par ce demi de mêlée qui nous fit rêver sous la tunique tricolore, champion de France 1992 avec son R-cé-té, de nouveau champion, mais en Pro D2 en 2005 toujours avec Toulon… Aubin Hueber…
Impossible à son sujet de résister à cette anecdote… Son jeune frère Franck portait les couleurs du FCG, avec lequel il joua la finale 1993 contre Castres, honteusement donnée au club sur un essai accordé à Gary Whetton alors que Franck avait bien aplati le ballon pour un renvoi au 22… Mais c’était Fouroux l’entraîneur, pas possible d’être titré ce jour-là… Bref, lors de la même saison, il ce coup extraordinaire…
Grenoble jouait contre je ne sais plus qui… Et à l’heure de jeu, environ, aux abords des 22 mètres, Franck Hueber extrait le ballon de ce qu’on appelle aujourd’hui un ruck, mais à l’époque on parlait encore… De tas ! Et Clac ! Le drop !
Comment ça, rien d’extraordinaire ? Mais si, attendez la suite : au même moment, Aubin, sous les couleurs toulonnaises, du même endroit du terrain mais à droite, extrait lui aussi le ballon d’un tas, et là… Clac ! Le drop ! Un coup de jumeaux, je vous dis !!!
Bref, Aubin, 30 sélections au compteur, trois fois capitaine de l’équipe de France en tournée, BE2 de rugby et éducateur spécialisé pour la FOL (Fédération des œuvres laïques) à Toulon (où il travaille avec des jeunes dans les quartiers et dans les prisons), entraîne depuis début 2006 l’équipe de France amateur. Il a pris la suite de Jean-Luc Sadourny puis Philippe Benetton. Il est associé à Yves Ajac, membre émérite de la DTN. Aubin s’occupe des avants, Yves Ajac des 3/4.
Tout ça pour dire que sous l’égide de ce minot de la rade, France amateur a passé un cap, dominant largement une équipe ukrainienne joueuse mais par trop limitée (0-42), avant d’arracher au mental, à l’envie, la motivation, le cœur, la victoire en terre russe, sur le coup de sifflet final, par un essai réussi par le pilier remplaçant Christophe Marchand (28-29).
Car cette équipe, on l’a déjà dit, a vraiment du cœur. Il faut dire qu’elle s’est constituée au mental : « Tous les joueurs ont pris des congés pour participer à la tournée, l’équipe est vraiment amateur, et c’est très important au niveau de la mentalité de ceux qui viennent », explique Hueber.
« Avant, il n’y avait qu’un seul match, contre l’Angleterre. Mais aujourd’hui on organise des tournées, il y a la dotation, avec l’équipement complet de l’équipe de France, et c’est très important de pouvoir aussi porter le blazer avec le coq sur la poitrine. Ca s’inscrit dans les valeurs du rugby. Puis il y a les matches contre l’Ecosse et l’Angleterre… Mais là, c’est encore différent, car comme les gallois, ils alignent plutôt des joueurs Espoirs, qui n’ont pas encore de contrat pro, il y a donc une différence sur la dimension physique ».
L’objectif sportif de la tournée pour les coaches était de voir de nouveaux joueurs : « Le groupe a été renouvelé à 80%, avec 20 nouveaux sur 27. On voulait évaluer ces joueurs pour préparer les 2 prochains matches contre l’Ecosse et l’Angleterre. On sait que ces tournées ne sont pas du très haut niveau, mais la Russie devient pas mal, elle a manqué la qualification au dernier Mondial face au Portugal et veut absolument participer au prochain. D’ailleurs, ils sont en train de créer une ligue professionnelle car ils ne veulent surtout pas que leurs jeunes joueurs partent jouer à l’étranger ».
Donc ce match à Moscou a eu une véritable valeur de test : « On s’y attendait. Ils sont très forts physiquement, c’est une équipe très fraîche, avec une organisation basique mais très efficace. J’ai retenu leur discipline et leur rudesse. Tous sont de jeunes joueurs qui jouent en Russie, sauf le fils Sergeev (ex-capitaine de Montauban, ndlr) ». L’équipe ukrainienne était moins au niveau, pourtant « plus joueuse. Mais avec moins de densité physique, et surtout pas la capacité de conserver le ballon, contrairement aux Russes. Les Ukrainiens lâchent pas mal de ballon, donc on peut marquer en contres ».
Bon, Aubin, quand on part ainsi en tournée, on regarde aussi ce qu’il se passe autour des terrains de rugby ! Comment c’était, là-bas, la campagne de Russie ?! « Je n’ai jamais vu autant de belles voitures ! Mais ce que j’ai retenu, c’est surtout la discipline des gens dans tous les domaines, dans la vie de tous les jours. Nous, en tant que Latins et « démocrates », on est à l’opposé de ce qu’ils font ! On a aussi visité les églises orthodoxes, c’est très prenant. Mais en Russie, en raison des évènements en Géorgie, la place Rouge était fermée pour 10 jours, ils craignaient des attentats, donc pas de chance… »
Et l’accueil ? « En Ukraine, pas de soucis, ils accueillent l’équipe de France, dans le cadre de la FIRA, ils avaient envie de nous faire plaisir. En Russie, on a eu plus de difficultés. Pour aller s’entraîner, on passait 1h30 dans le bus ! Et à la douane on a attendu 2h ! Les Russes sont plus rigides que les Ukrainiens. »
Tout est fort intéressant, très sympa, pour les encadrants comme pour les joueurs, mais cette équipe de France amateur a-t-elle du sens, un véritable intérêt ?
« J’y crois beaucoup. Ca a changé depuis le 1er match. Mais on a besoin d’efforts. Sur la médiatisation. On n’en parle pas assez. Quand on fait des tournées, les magazines pourraient en parler, comme Rencontres à XV par exemple (Jean, si tu nous lis, ndlr !). Alors que les joueurs de Fédérale 1 sont fiers de porter le coq. Donc les joueurs passent le message aux autres joueurs dans les clubs. Mais là aussi il y a une difficulté : pour être sélectionnables, ils faut que les joueurs aient joué la coupe de la Fédération (avec leur sélection régionale, ndlr), or les clubs de Fédérale 1 ne les envoient pas forcément, car ils préfèrent que leurs joueurs se reposent durant les week-end libres. Mais d’un autre côté, avec l’afflux de joueurs étrangers dans le rugby pro, beaucoup de bons jeunes évoluent en Féd.1, parfois même envoyés par leur club, pour s’aguerrir, prendre du temps de jeu, donc le niveau physique de cette division monte ».
Sans négliger que certains joueurs sélectionnés ont ensuite connu une embellie dans leur carrière : « une dizaine de joueurs ont ensuite signé un contrat en Pro D2, comme Bruno Lancelle, demi de mêlée ou ouvreur, passé de Aix en Provence à Lyon, ou Mambrano, un pilier qui joue à Aurillac ».
Puis il y a une autre dimension donnée à cette équipe de France : le développement du rugby. Ce n’est donc pas un hasard, ou par pur envie de voyage au frais, que Pierre Camou, nouveau président de la FFR, et Jean-Claude Baqué, président de la FIRA-AER et vice-président de la fédé ont suivi le voyage des amateurs : « dans la délégation, on avait avec nous des arbitres qui ont fait des formations auprès des arbitres ukrainiens et russes, par exemple », ajoute Aubin Hueber.
Car oui, c’est une vérité, la France est un moteur du rugby européen. Sans nous, l’Italie n’aurait jamais fait son entrée dans le Tournoi des VI Nations. La Roumanie, l’Ukraine, la Géorgie doivent beaucoup aux dirigeants français, mais aussi aux techniciens qui ont accepté de très souvent faire le voyage pour y porter « la bonne parole ».
L’équipe de France amateur, quand elle part ainsi en tournée, est aussi en mission, en mission de développement. Pour le plus grand bien du rugby. Alors rien que pour ça, cette équipe mérite d’exister et d’être davantage soutenue et médiatisée !
